L’Histoire de Gélinor 1974-2013

Au niveau national, les foyers se développent. L’ « Union Nationale des Foyers de Jeunes Travailleurs » (UFJT) est créée en 1955 et regroupe à l’époque une vingtaines de foyers. Entre 1965 et 1975, on note une expansion considérable des foyers pour atteindre 760 FJT à la fin des années soixante-dix sur l’ensemble du territoire.

Ces foyers sont créés à partir de différentes initiatives, notamment par les ouvriers, des militants de mouvements de jeunesse chrétienne comme ce sera le cas au départ sur Bordeaux. Ce profil est très commun dans la création des FJT : on retrouve des histoires semblables à Caen, à Nice… Aussi , des structures des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (UNIOPSS) ont été à l’initiative de nombreux foyers. Certains foyers ont aussi été créés par des entreprises privées pour loger leurs salariés, comme par exemple, le foyer Michelin à Clermond-Ferrand ou le foyer Peugeot à Mulhouse.

Face à une demande croissante, l’Union Nationale et les militants bénévoles ne peuvent plus agir seul. L’Etat entre alors en scène, en publiant une circulaire définissant le rôle des FJT en 1971 et en s’engageant dans leur développement.

Dans un premier temps, ce développement est freiné par l’impossibilité pour les foyers de sous-louer des Habitats à Loyer Modéré (HLM). C’est GUY Houist, à l’époque président de l’UFJT et vice-président de l’Union Nationale des Habitations à Loyers Modérés (HLM), qui va obtenir la possibilité pour les sociétés HLM de louer à une personne morale. Les bailleurs construisent alors et sous-louent ces logements aux associations de FJT. C’est une aubaine pour les foyers qui ont ainsi le champ libre dans la gestion des bâtis et dans l’attribution des logements.

Les foyers se développent en même temps que les « grands ensembles ». Au niveau architectural, les normes sont celles des constructeurs: ce sont plutôt de grands foyers, ce qui n’est pas au goût de certains militants bénévoles qui préfèrent des habitats à taille humaine, plus conviviaux.

Dans les années quatre-vingt, on assiste à une précarisation de la situation des jeunes. Depuis le choc pétrolier en 1974, il y a un développement massif du chômage.

Les jeunes n’y échappent pas. Les FJT accueillent désormais également des jeunes «chômeurs». Parallèlement, l’abaissement de la majorité entraîne l’arrivée de jeunes en rupture familiale.

En réponse à cette situation, les équipes des FJT apportent un soutien dans l’insertion professionnelle des jeunes. Cette nouvelle mission est reconnue par les pouvoirs publics dans une circulaire. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 est marquée par la mise en place de grandes commissions sur les jeunes où sont associés des partenaires de terrain comme l’Union nationale des FJT.

Dans les années 90, un bilan du bâti est effectué. Les foyers ont mal vieilli et présentent des architectures désormais inadaptées. Suite à ce constat, un accord est conclu avec la Caisse des Dépôts et Consignations pour la réhabilitation d’une centaine de FJT.

À Lormont, l’équipe de dirigeants associatifs décide de créer une association de loi 1901 car le foyer était jusqu’ici sous la tutelle de la CAF. La création de l’association Génilor permet une gestion plus simple, plus autonome et accorde plus de liberté dans les projets entrepris. Tout le personnel embauché reste le même.

Le nom de l’association: « Génilor » est la contraction entre Génicart – le quartier d’implantation de la résidence – et Lormont, la ville où elle se situe.
À cette période l’association se diversifie avec la création d’une entreprise d’insertion dans les métiers du second œuvre : « Hauts de Garonne Service ».

En 1991, la résidence est réhabilitée et devient mixte. Elle propose 97 places (4 studios avec coin cuisine, 4 chambres doubles et 81 chambres individuelles avec sanitaires individuels et cuisines d’étage).

La restauration collective est maintenue et une nouvelle aile est construite proposant 150m² de salles de formation.

Au milieu des années quatre-vingt-dix, l’histoire des FJT et de leur Union Nationale est marquée par «le temps des incertitudes». Le public des foyers est extrêmement précarisé et morcelé: depuis longtemps déjà les « travailleurs». au sens de ceux qui ont un emploi stable, sont en minorité. La fonction des FJT est désormais de faire en sorte d’éviter l’exclusion aux jeunes qui y sont hébergés, ceci en croisant les missions d’hébergement, d’accompagnement socioculturel et d’insertion, le tout avec une dimension partenariale de plus en plus affirmée.

Un symptôme de cette évolution est que désormais, dans nombre d’équipes socio-éducatives, on trouve au côté des « traditionnels » animateurs des éducateurs, des conseillers en économie sociale et familiale et parfois même des psychologues ;
Génilor fait face aux difficultés croissante que rencontrent les jeunes.

Mais l’association doit également faire face à de grosses difficultés économiques, liées notamment à des taux d’occupation moins élevés que prévus. Pour combler les chambres vides l’équipe décide d’ouvrir 28 lits dans le cadre du dispositif de l’Allocation au Logement Temporaire (ALT). L’ALT est versée directement aux organismes d’accueil pour qu’ils puissent loger pour une courte dur des personnes rencontrant des difficultés financières et sociales.

En 1996, la CAF de la Gironde décide de ne plus financer l’activité de la restauration collective sur ses fonds propres.
Jusqu’en 2000, Génilor voit ses difficultés financières augmenter.
Elle enregistre des pertes d’exploitation répétées notamment sur l’activité de restauration.

À ceci se rajoutent des difficultés internes (violence, squats…) et la vacance du poste de direction. En conséquence, l’association connaît de très importants problèmes de trésorerie, bien qu’ils soient pour partie compensés par l’allongement des délais de paiement des fournisseurs (dont le bailleur Habitation Economique).

En 2001, les partenaires publics sont mobilisés par la tête de réseau régionale (l’URHAJ Aquitaine) à laquelle adhère l’association, pour réaliser un audit visant à repositionner l’association et à consolider l’économie de son activité.

En 2002, Génilor dépose le bilan. Un mandataire judiciaire est désigné par le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux. La restauration collective ferme et des négociations sont entreprises pour réduire le montant du loyer versé à l’Habitation Economique.

Les années 2000 sont marquées à nouveau par la situation de crise du logement. Cette crise s’aggrave dans un contexte de baisse des financements publics, de retards pris dans les programmes de logements sociaux et de hausse considérable des prix sur le marché de l’immobilier. Pour les jeunes, la part du revenu consacrée au logement est passée de 29% en 1988 à plus de 40% aujourd’hui.

Suite au dépôt de bilan de Génilor en 2002, le plan de redressement est validé Par le tribunal en 2003 sur la base de 9 Pactes annuels de 26 000 euros (dont le principal créancier est le bailleur [65% de la dette]). Le montant de la dette cumulée est de 270 000 euros.

Dans les années 2000, l’association va retravailler son projet autour de la mission FJT en ayant comme objectif principal la socialisation des jeunes par l’habitat. L’équipe socio-éducative est recomposée, le nombre de places en ALT au sein de Génilor est diminué.
D’autre part, l’association obtient l’agrément « Résidence sociale ».
Des projets se développent en lien avec le territoire: chantiers internationaux, et d’insertion, actions dans le domaine de la santé.
Un service logement est créé en interne pour accompagner l’accès au logement autonome des résidents. L’association investit pour requalifier son patrimoine avec le ravalement de la façade principale et la rénovation des espaces collectifs et individuels destinés aux jeunes résidents.

En 2009, on assiste à une refondation du projet associatif et à un renouvellement du Conseil d’Administration. L’association s’adapte aux nouveaux besoins repérés et émergents sur le territoire en modifiant son offre.

En 2010, l’association « Génilor » devient «Habitat Jeunes des Hauts de Garonne». Ce changement de nom traduit à la fois la démarche de refondation de l’association et sa volonté de s’ouvrir plus largement sur tout le territoire de la Rive Droite de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB).

En 2013, la situation financière est assainie: l’association réussit à solder l’intégralité de sa dette, la procédure de redressement judiciaire est close. L’association entre alors dans une nouvelle ère.